Histoire sans fin



Le chat du Cheshire 
 
Ce qui après tout n'étais pas vrai. Disons plutôt une appréhension, bien que l'appréhension ne soit qu'un symptôme. Conclusion ... Mais de la peur, non, se dit-il, quelle idiotie, l'émotion, tout simplement. Il ouvrit le fenêtre et s'appuya pour regarder . Le train ralentissait. La marquise de la gare tremblait dans l'air torride. Une Chaleur excessive, mais quand pourrais-il faire chaud, si ce n'est en juillet? Il lut le panneau Civitavecchia, tira le rideau, entendis des voix, puis le sifflet du chef de gare et le claquement des portières. Il pensa que peut-être personne ne rentrerait dans le compartiment s'il faisait semblant de dormir, ferma les yeux et se dit : je ne veut pas y penser. Et puis il se dit : il faut que j'y pense, cette chose là n'a aucun sens. Mais au fait, est-ce que les choses ont un sens ? Peut-être que oui, mais c'est un sens caché, on le comprend après, beaucoup plus tard, ou alors on ne le comprend pas, mais elles ont quand même un sens : un sens qui leurs appartient, bien sûr, qui parfois ne nous concerne pas, même si nous croyons le contraire. Par exemple, le coup de téléphone "Bonjours Chat, c'est moi, Alice, Je suis revenue, je ne peut pas t'expliquer maintenant, je n'ai que deux minutes pour te laisser un message." (quelques secondes de silences.) ".... Il faut que je te voie, il faut absolument que je te voie, c'est ce que je souhaite le plus en ce moment, je n'ai pas cessé d'y penser pendant toutes ces années." (quelques secondes de silence)" Comment vas-tu, le Chat, tu as toujours cette façon de rire bien à toi ? Excuse-moi, la question est idiote, mais c'est tellement difficile de parler quand on sais qu'on est enregistrer, il faut que je te voie, c'est très important, je t'e prie. "(quelques secondes de silence) "Après-demain le quinze juillet à quinze heures, gare de Grosseto, je t'attendrais sur le quai, tu à un train qui part de Rome vers treize heures." Clic.


Et voilà, on rentre chez soi, et on trouve un message comme ça sur le répondeur. Après tant de temps. Tout a été englouti par les années : cette époque-là, cette ville, les amis, tout. Et le mot Chat lui-même, englouti lui aussi par les années, qui vient affleurer la mémoire en même temps que le sourie que le Chat traînais tout le temps avec lui, parce que c'étais le sourire du Chat du Cheshire. Alice au pays des Merveilles. C'étais une époque de merveilles. Mais est-ce que ça l'étais vraiment ? Elle étais Alice, et lui, le Chat du Cheshire : tout ça, c'étais un jeu, une belle histoire. Mais entre temps le chat avait disparu, tout à fais comme dans le livre. Peut être que le sourire étais resté, mais rien que le sourire, sans le visage qui commandais ce sourire. Le temps passe et dévore les choses, aussi ne reste-t-il peut-être d'elles que l'idée. Il se leva et se regarda dans la glace accrochée au dessus du siège du milieu. La glace lui renvoya l'image d'un homme de quarante ans, visage maigre, qui faisait un sourit forcé et embarrassé, comme tout les sourire que l'on fait à une glace: fini la malice, fini le jeu, fini l'air de se moquer de la vie. Rien à voir avec le chat du Cheshire.


La dame entra dans le compartiment d'un air gêné. C'est libre ? Bien sûr que c'étais libre, le compartiment était vide. C'étais une dame âgée, elle avait des reflets bleus dans ses cheveux blancs. Elle sortit un tricot et se mis à tricoter. Elle portait des lunettes à demi-verre retenues par une chaîne, on aurait dit qu'elle sortais d'une publicité télévisée. Vous aller à Turin vous aussi ? demanda-t-elle tout de suite. Questions que l'on pose dans les trains. Il répondis que non qu'il s'arrêtais avant, mais il ne dis pas le nom de la gare. Grosseto. Quel sens cela avait-il ? Et puis pourquoi Grosseto, que pouvais bien faire Alice à Grosseto, pourquoi est-ce qu'elle l'avait fait venir là ? Il sentit que son coeur battait plus vite et il pensa à nouveau à la peur. Mais peur de quoi ? C'est de l'émotion, se dit-il, de quoi aurais-je peur, allons, de quoi aurais-je peur ? Du temps, chat du Cheshire, du temps qui a tout fait évaporer, y compris ton beau sourire de chat d'Alice au pays des Merveilles. Et maintenant la revoilà, son Alice au pays des Merveilles, le quinze juillet à quinze heures, c'étais bien son style, des chiffres pareils, elle aimait jouer avec les nombres et collectionnait sa tête les dates absurdes. Par exemple : Excuse-moi, Chat, ce n'est plus possible. Je vais t'écrire pour tout t'expliquer. Le 10/10 à 10 heures ( deux jours avant la découverte de l'Amérique). Alice, c'étais son message d'adieu, elle l'avais laisser sur la glace de la salle de bains. La lettre étais arriver presque un an après, elle expliquais tout de long en large, mais en fait elle n'expliquait rien du tout, elle disait seulement le déroulement des choses, leur mécanique superficielle. C'est pour cette raison qu'il l'avais jetée. Le petit mot, au contraire, il le gardait encore dans son portefeuille. Il le sortit et le regarda. Il était jauni aux pliures et avait fini par se déchirer au milieu.


Il aurait aimé ouvrir la fenêtre, mais peut-être la dame allait-elle protester. D'ailleurs une petite plaque métallique priait de ne pas ouvrir pour ne pas contrarie l'effet de l'air conditionné. Il se leva et alla dans le couloir. Il eut le temps d'entrevoir la tache claire des maisons de Tarquinia avant que le train n'entame lentement un virage. Chaque fois qu'il passait à Tarquinia, il pensait à Cardarelli. Et puis au fait que Cardarelli était le fils d'un cheminot. Et puis au poème Ligurie. Certains souvenirs scolaires sont longs à s'effacer. Il rentra dans le compartiment et pris son sac de voyage. Dans le cabinet de toilette, il se vaporisa tu déodorant sous les bras et changea de chemise. Peut-être pouvait-il aussi se raser, comme ça, histoire de passer le temps. Il n'en avait pas vraiment besoin, mais peut-être cela lui donnerait-il l'air plus frais. Il avait pris sa trousse de toilette et son rasoir électrique, il n'avais pas eu le courage  de se l'avouer, mais c'étais pour le cas où il passerais la nuit dehors. Il se contenta de se raser à contre-poil, très soigneusement, puis il s'aspergea d'after-shave. Ensuite il se lava les dents et se donna un coup de peigne. Tout en se peignant, il esquissa un sourire, il lui sembla que ça allais mieux maintenant, ce ,'étais plus le sourire un peu hébété qu'il s'était fait un moment auparavant. Il se dit : il faut que tu fasses des hypothèses. Mais il n'avait pas envie de les faire mentalement, elles s'embrouillaient et se mélangeaient, impossible d'y arriver.


Il retourna dans le compartiment. Sa compagne de voyage s'était endormie, le tricot sur les genoux. Il s'assit et sortit un carnet. En s'appliquant, il pouvait imiter de façon assez approchante l'écriture d'Alice. Il eut l'idée d'écrire un petit mot semblable à l'un de ceux qu'elle aurait pu lui écrire, avec ses hypothèses absurdes. Il écrivit :" Stephen et la petite sont mort dans un accident de voiture dans le Minnesota. Je ne peux plus vivre en Amérique. Je t'en pris, Chat, console-moi dans ces moments affreux." Hypothèse tragique, avec un Alice ravagée par la douleur qui a compris le sens de la vie grâce à un terrible coup du sort. Ou bien une Alice décontractée et désinvolte, avec une pointe de cynisme : "La vie était devenue infernale, une prison insupportable, c'est Stephen qui s'occupera de la petite, c'est un grand enfant, ils sont fais sur le même modèle, adieu l'Amérique" Ou Alors un petit mot entre le pathétique et le sentimentale du style roman à l'eau de rose : " Malgré tout ce temps passé tu n'as jamais quitté mon coeur. Je ne peux plus vivre sans toi. Ton esclave qui t'adore. Alice. " 
Il détacha le feuillet du carnet, en fit une boulette qu'il jeta dans le cendrier. Il regarda par la fenêtre et vit un vol d'oiseau qui se reflétait sur le plan d'eau. Le train avait déjà dépassé Ortebello, donc ça c'étais l'Alberesse. 


[Je ne finirais jamais de recopier cette nouvelle] 

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